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2012, apocalypse, activité solaire et calendrier maya

Rédigé par JC le 21 mars 2009 — Publié dans 2012

2012 calendrier mayaLe prochain maximum solaire (celui du cycle 24) pourrait survenir en 2012 et, avec ce pic d’activité, il est possible qu’on essuie quelques tempêtes (ou «orages») magnétiques. Un documentaire récent – intitulé «2012: Science or Superstition?» – suggère que cette activité solaire accrue apporterait un appui scientifique aux «transformations» et autres «prophéties» annoncées pour la fin du cycle long du calendrier maya qui, selon l’interprétation la plus répandue (en particulier dans les doctrines New Age ;-) ), surviendrait le 21 décembre 2012. Le Soleil sera-t-il réellement en colère en 2012? Et si c’était le cas, serait-il raisonnable d’établir un lien entre l’activité solaire et le calendrier des Mayas?

Laissez-moi d’abord vous raconter une petite histoire en rapport avec ce blog. Au cours des derniers mois, j’ai pu remarquer que ce billet sur l’an 2012 était de plus en plus fréquenté. Pourquoi? En partie à cause du film 2012 mais aussi parce que des sites et des forums présentaient ce billet comme un élément scientifique censé étayer les thèses New Age et autres «prophéties» d’apocalypse censées survenir en l’an 2012.

Ce petit article, je l’ai écrit en me levant un dimanche matin, il y a un peu plus de trois ans, question de dire: «Hé! regardez cette coïncidence qui va faire la joie des charlatans!». Mais soudain, les gens l’ont déterré des archives. Au début, je me disais que les visiteurs ne prenaient pas le temps de lire le texte, et sautaient beaucoup trop rapidement à la conclusion d’un appui scientifique au «mouvement 2012» (comme si les Mayas étaient, avec leur calendrier, de super voyants capables de prédire l’avenir des siècles à l’avance). Comme les liens continuaient à se multiplier, il apparaissait qu’ils ne comprenaient pas où je voulais en venir, ou que je n’avais pas été assez explicite. Et indirectement, on essayait en quelque sorte de me faire passer pour un alarmiste, un conspirationniste ou même un charlatan!

Pourtant, mon intention était simplement de signaler au passage que des catastrophistes – les oiseaux de malheur – allaient probablement exploiter le modèle solaire de Dikpati (2006), qui prévoyait le maximum d’activité en l’an 2012 et que ce pic serait particulièrement intense comparé aux précédents. Ceci, bien entendu, afin de mieux vendre leur salade de fin du monde, de destruction par l’imaginaire Nibiru, de transformation glorieuse de l’humanité, d’arrivée massive d’ovnis, ou de transition de la Terre vers une dimension supérieure (insérez ici la théorie abracadabrante qui vous permettra d’écouler un maximum de livres et de films). Voyez justement la bande annonce de ce documentaire 2012: Science or Superstition?, qui illustre très bien l’exploitation de cette coïncidence:

Bref, je vais tenter de me racheter ici en fournissant les nouvelles données sur l’activité solaire prévue, et en étant parfaitement clair et explicite sur la question de l’an 2012 et du calendrier maya. Je vous préviens: ça va faire un peu mal pour certains. C’est parti! ;-)

Modèle et réalité

Avant de discuter du modèle de Dikpati, il faudrait qu’on s’entende bien sur les définitions. Qu’est-ce qu’un modèle? Grosso modo, il s’agit d’une représentation théorique qu’on élabore pour tenter de simuler le fonctionnement d’un phénomène réel. Ce modèle ne reflète donc pas nécessairement la réalité, surtout quand on fait des prévisions.

D’ailleurs, après que Dikpati ait présenté son modèle solaire, d’autres scientifiques l’ont critiqué et présenté des théories alternatives. Trois ans plus tard, sait-on si le prochain maximum solaire sera plus intense que les précédents? En réalité, le sujet est encore débattu et nous n’aurons de réponse définitive qu’une fois qu’il sera passé… Par contre, d’autres modèles du Soleil prévoient exactement l’inverse de celui de Dikpati, par exemple Choudhuri et al. (2007) qui avancent que le maximum du cycle 24 (qui a commencé en 2008) sera 35% plus faible que celui du cycle précédent.

Maximum solaire en 2012?

Avant d’aborder cette question, voici quelques informations de base sur le cycle solaire. L’activité du Soleil est estimée en comptant le nombre de taches à sa surface. Cette activité suit un cycle principal de 11,2 ans, en moyenne, et commence par un minimum caractérisé par un nombre de taches solaires très faible, voire nul.

Ces taches solaires, plus sombres que le reste de l’astre du jour parce qu’elles sont un peu moins chaudes, sont des indicateurs de champs magnétiques intenses. Avec un maximum de taches solaires, il y a augmentation des éruptions solaires et des émissions de particules et de rayonnements électromagnétiques. Lorsqu’elles atteignent la Terre, certaines de ces émissions créent les jolis spectacles que sont les aurores boréales, mais elles peuvent aussi perturber les systèmes radio et même, dans des cas extrêmes, provoquer des surcharges et des pannes dans les réseaux électriques ou endommager les satellites. C’est certes désagréable, mais c’est loin d’être la fin du monde. ;-)

S’il semble maintenant douteux que le prochain maximum de l’activité solaire sera plus puissant que la moyenne des autres cycles, on peut maintenant se demander à quelle date il se produira. Ici encore, c’est l’incertitude. Les experts s’entendent pour dire que le cycle 24 (le 24e cycle recensé depuis le maximum de 1761) s’est amorcé au début de l’an 2008, plus précisément en janvier pour les scientifiques de la Nasa (source).

Reste à savoir quand se produira le maximum. À l’heure actuelle, le comité américain de la NOAA, le groupe chargé des prévisions du cycle solaire 24, avance deux dates possibles pour le prochain pic de l’activité solaire:

– octobre 2011 (avec 140 taches solaires) ou
– août 2012 (avec 90 taches solaires).

Ces résultats sont susceptibles de changer car, selon cette source de la Nasa, les prévisions ne deviennent fiables que trois ans après le minimum, ce qui nous place au début de l’an 2011. Mise à jour: les prédictions mentionnées ci-dessus ont été révisées en mai 2009, lire Sous le soleil du calendrier maya – prédiction ratée pour 2012.

Maximum solaire et orages magnétiques

On ne sait donc pas encore à quel moment se produira le prochain maximum solaire, ni s’il sera plus intense que les pics des cycles précédents. À ces incertitudes, il faut encore ajouter que les orages magnétiques d’origine solaire ne coïncident pas toujours avec le maximum d’activité.

Il y a quelque temps, Phil Plait (le «bad astronomer») faisait justement remarquer, en présentant le générateur interactif de SpaceWeather.com, que l’éruption solaire du 4 novembre 2003, une des plus puissantes de ces dernières années, était à peu près à mi-chemin entre le maximum et le minimum de l’activité du Soleil. Il est donc parfaitement possible que des orages magnétiques notables se produisent bien après l’an 2012.

En essayant d’autres dates d’éruptions solaires majeures dans le générateur interactif de SpaceWeather.com, j’ai cependant remarqué que la tempête solaire du 13 mars 1989 coïncidait assez bien avec le pic d’activité des taches solaires, et la corrélation avec le violent orage solaire de septembre 1859 (une tempête historique) était encore meilleure.

Impacts des orages solaires: rapport de la Nasa

Début janvier 2009, la Nasa publiait un rapport sur les effets sociaux et économiques de fortes tempêtes géomagnétiques créées par des éruptions solaires.

La Nasa désirait évaluer les impacts sociaux et économiques des tempêtes qui pourraient se survenir au cours des prochaines années, pendant ou après le prochain maximum solaire. L’agence spatiale a donc commandé une étude à la «National Academy of Sciences» (NAS), qui fournit ses conclusions dans un rapport intitulé «Severe Space Weather Events – Understanding Societal and Economic Impacts» (que vous pouvez lire en ligne ou télécharger en format PDF).

Pourquoi la Nasa semble-t-elle soudainement préoccupée par les périodes de forte activité solaire? Tout simplement parce que les technologies susceptibles d’être affectées par les tempêtes magnétiques prennent sans cesse plus d’importance dans nos sociétés.

On connaît bien l’impact potentiel de forts orages magnétiques sur les réseaux électriques. Le cas le plus spectaculaire et le plus souvent cité s’est sans doute produit au Québec: après une puissante éruption solaire, la province entière a été plongée dans le noir pendant neuf heures, le 13 mars 1989. À cause des courants électriques induits par l’orage magnétique, le réseau d’Hydro-Québec avait été complètement paralysé.

De telles tempêtes magnétiques peuvent également perturber les communications radio, créer des interférences dans les systèmes GPS et endommager des satellites, qui sont très coûteux à réparer ou à remplacer. Le rapport de la NAS donne l’exemple d’un satellite canadien Anik E2, qui a été endommagé par une tempête d’origine solaire en 1994 et qui a coûté entre 50 et 70 millions de dollars en réparations. En outre, les pannes d’électricité de longue durée peuvent évidemment entraîner des coûts économiques considérables, notamment en perte de productivité humaine, ainsi que des impacts sur les réseaux de la santé, l’alimentation en eau, etc.

Pour être parfaitement clair, ce rapport ne signifie en rien qu’on doive s’attendre prochainement à des événements catastrophiques mais, ici encore, il est probable que des charlatans le mentionnent pour mieux vendre leurs thèses farfelues. On notera également qu’il n’est nullement question de raz-de-marée qui engloutissent l’Himalaya, d’arrêt de rotation de la Terre, d’inversion des pôles géographiques ou d’autres inventions New Age ou conspirationnistes qui attirent les billets de banque comme par magie. ;-)

Calendrier maya et 2012: encore du millénarisme

Venons en maintenant au fameux calendrier maya, la pierre angulaire de toute la folie 2012. Selon l’interprétation Goodman-Martínez Hernández-Thompson d’un calendrier maya, le 21 décembre 2012 marquerait la fin du compte long d’environ 5125 ans qui a commencé en août de l’an 3114 av. J.-C. Je vous renvoie à l’article de Wikipédia pour les détails, qui n’ont pas d’importance réelle pour notre propos, mais signalons simplement que la base de la mesure du temps est le jour, et que les unités supérieures sont égales à 20 unités inférieures (à l’exception du tun qui est 18 fois le uinal). La base était donc de 20, au lieu du 10 de notre système décimal.

– le kin (jour)
– le uinal (20 jours)
– le tun, 18 uinalob, (360 jours)
– le katun, 20 tunob, environ 20 ans (7200 jours)
– le baktun, 20 katunob, environ 394 ans (144 000 jours)

Une date du calendrier maya s’écrit (baktun).(katun).(tun).(uinal).(kin). Notre date du 20 décembre 2012 devient 12.19.19.17.19 et passera, le 21 décembre 2012, à 13.0.0.0.0. C’est tout. Voilà l’origine du grand mystère du «mouvement (commercial) 2012». Vous êtes maintenant un grand initié des arcanes secrètes de l’an 2012. Il n’y aura pas plus de changement que quand notre calendrier est passé de l’an 999 à l’an 1000 ou, plus récemment de 1999 à 2000. Changer de cycle, qu’il soit de 100 ans, 1000 ans ou de 5125 ans – ou d’un million d’années si ça vous amuse – n’a jamais apporté plus de changement que de passer d’une journée à la suivante, car c’est ce qui se produit en réalité. ;-)

Les doctrines eschatologiques (relatives à la «fin du monde») prônant le contraire font appel à une pensée irrationnelle, «viscérale», qui attribue une signification magique à l’arrivée d’une date particulière. Par certains aspects, c’est une perspective qu’on pourrait rapprocher de la numérologie, croyance voulant que les nombres possèdent certaines propriétés magiques.

Et pour en revenir à l’activité solaire, soulignons encore une fois qu’on ignore s’il y aura ou pas des tempêtes le 21 décembre 2012. Mais si jamais c’était le cas (c’est possible, bien que peu probable), on parlera alors d’une simple coïncidence. Pourquoi? Je dirais que si les plus grands spécialistes actuels du Soleil ne peuvent pas prévoir les pics d’activité, comment voulez-vous qu’une petite peuplade disparue depuis des siècles ait pu y parvenir? Ils ne le pouvaient pas plus que les charlatans et autres prophètes autoproclamés de notre époque, bien entendu.

2012, une question de croyance

En définitive, la vraie question au sujet de tous ces canulars qui bourgeonnent autour de l’an 2012 – Nibiru, l’alignement galactique, etc. – consiste encore une fois à se demander pourquoi les gens s’y intéressent ou y croient.

Je n’ai pas la prétention de pouvoir apporter de réponse définitive à cette question. Par contre, je me permets de proposer quelques éléments de réflexion. J’ai déjà mentionné ailleurs qu’il apparaît évident que quelqu’un qui fait une annonce spectaculaire, même si elle est parfaitement absurde, a beaucoup plus de chances de se faire entendre qu’une personne qui souligne que les soi-disant prophéties n’existent que pour exploiter la crédulité du public.

Ici, en outre, le sujet des prophéties de «fin du monde» ou de la «fin d’un monde» est on ne peut plus sensible, et se rattache à l’éternel «Où allons-nous?» des questions les plus fondamentales de l’existence humaine. Je sais, c’est un peu éculé. ;-)

Il y a peut-être aussi, et je l’ai aussi indiqué précédemment, des profils psychologiques plus enclins à être séduits par la venue d’une «apocalypse». À vue de nez, je dirais que les personnes qui sont déjà plus préoccupées que la moyenne par leur propre fin sont de bons candidats.

En faisant un amalgame avec d’autres données – réchauffement climatique, crise économique, etc. -, réelles celles-là mais sans lien avec le calendrier des Mayas, on peut aussi réussir à se convaincre qu’il pourrait y avoir un fond de vérité.

Enfin, il y a un facteur qui me semble être crucial, et qui se retrouve dans tous les systèmes de croyance. Pour être comprises, les connaissances scientifiques demandent un effort intellectuel et une recherche constante, et elles ont en outre le défaut d’être publiques. Par contre, les connaissances présentées comme secrètes ou ésotériques donnent l’impression d’avoir accès à un savoir caché, d’être privilégié, d’être dans le secret des dieux, et tout cela sans aucun effort intellectuel: il suffit d’accepter la doctrine sans réfléchir. Quand on cherche le divertissement ou la simple satisfaction personnelle plutôt que la vérité, on peut facilement tomber dans le panneau… Panneau où vous attend une multitude de faux prophètes et de charlatans, les bras bondés de livres, DVD et tickets pour des séminaires.

En route vers 2012

En terminant, j’aimerais lancer ici un petit concours de prédictions sur les exploitations commerciales de la «folie 2012». Comme c’est mon blog, j’ai une longueur d’avance sur vous, mais vous pouvez vous rattraper dans les commentaires. ;-)

Voici ce que je vois en regardant dans ma boule de cristal. Le film 2012 d’Emmerich (dont la sortie a été reportée à novembre 2009) ne sera pas le seul sur ce thème. Je prévois même une ou plusieurs séries télé sur 2012. La cadence des lancements des livres et DVD sur 2012 va s’accélérer graduellement, et atteindre un apogée en octobre-novembre 2011, date clé pour que ces produits puissent se retrouver sous les arbres de Noël avant qu’il ne soit trop tard. Jusqu’où poussera-t-on l’absurdité commerciale? Je me lance: lorsqu’on verra un livre sur un régime pour maigrir selon la tradition du calendrier maya 2012, on saura que la fin est proche et qu’il ne reste presque plus de jus dans le citron (mais d’autres essaieront quand même de le presser encore davantage). ;-)

Voilà. En ce qui me concerne, il s’agit du dernier billet sur le canular 2012, à moins qu’un événement vraiment digne de mention ne survienne. Je sais pertinemment qu’il y aura encore des commentaires du type: «Oui, mais vous ne parlez pas de Trucmuche qui dit que le calendrier de la tribu X, ou le webbot Y, ou le décryptage secret du livre sacré Z, ou le « channel » supramental W, ou la particule V, ou l’espace-temps U, prévoient tous un changement apocalyptique pour 2012».

Ce à quoi je répondrais par avance: «Oui, mais Trucmuche vend des livres, des DVD, des conférences, des séminaires, etc. et a tout intérêt à vous faire croire qu’il va se produire quelque chose en 2012 pour récolter vos billets.» Cherchez à savoir qui est vraiment Trucmuche. Vérifiez ses compétences et ses publications. Que disent les vrais experts, de vraies universités, à propos des sujets abordés par Trucmuche? Lisez de vrais articles scientifiques; vous en trouverez sur Internet. Ce n’est certainement pas dans les livres des Trucmuche que vous apprendrez l’archéologie ou la physique quantique.

Cela dit, il y aura sûrement des catastrophes en 2012 – facile, il y en a toujours – mais pourquoi y en aurait-il plus qu’en 2011 ou 2013? Parce qu’un calendrier gravé dans la pierre change de cycle? Et depuis quand peut-on se fier aux prophéties? Jusqu’à preuve du contraire, toutes les théories fumeuses de ces Trucmuche se basent sur la fin d’un cycle du calendrier maya, et ne sont par conséquent que des affirmations millénaristes plus ou moins déguisées pour les besoins du marketing.

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